La troisième marche du bonheur !
Le circuit de Schleiz en Allemagne accueillait la finale du
championnat d'Europe de vitesse féminin. 3e au classement général
en 1000 cm3, Sandrine Martin était au rendez-vous pour défendre
sa place sur le podium.
On attendait un
final, une finale, dignes des meilleures pilotes européennes.
Aujourd'hui leur réputation, leur ténacité, leur
volonté pour entrer dans la cour des grandes ne sont plus à
faire. Pour Sandrine Martin et Dominique
Beauvais, toutes ces qualités ont été
indispensables, pour y croire jusqu'au bout...
"Je n'aime pas ces circuits"
Comme pour les deux autres épreuves, la caravane jurassienne
se met en route jeudi matin dès 6h30.
Schleiz est facilement à 3 à 4 heures de moins que Vallelunga
ou Rijeka... le voyage est donc moins fatigant. Se joint au groupe
trois petits nouveaux, Marinette la tantine de Sandrine,
et Aimeric et Romain Beauvais les
deux enfants de Dom. Aucun ne sera déçu du voyage!!!
Nous arrivons à Schleiz en fin d'après-midi, ce qui
nous permet de régler les tracas administratifs habituels et
de monter notre hôtel 4 étoiles.
Vendredi, nous entrons très tôt dans
le bain. Les premiers essais libres sont à
8h30.
Pendant 15 minutes, les 23 filles en piste doivent intégrer
les premières sensations et les premières difficultés
de ce circuit.
" Le circuit est très très rapide. J'ai failli
me mettre au tas plusieurs fois. C'est bizarre, c'est comme une route
au milieu des champs de maïs et de blé... j'aime pas ces
circuits."
Sandrine ne semble pas très à l'aise. Son meilleur temps
: 1'48 n'est pourtant pas si mal comparé à celui de
Fabienne Migout 1'43. 4 à 5 secondes, c'est l'écart
que l'on retrouvait déjà à Vallelunga ou Rijeka.
L'après-midi pour la deuxième manche d'essai libre,
les choses se peaufineront sûrement.
Rien n'est jamais fini
13h30, deuxième essai libre...
et le premier tour permet d'afficher le sourire dans le camp Martin.
La pilote vient de boucler en 1'45, déjà 3 secondes
de mieux que le matin.
Et puis, et puis, Sandrine disparaît de la piste, les essais
ne sont pas arrêtés, l'ambulance ne part pas... Même
si le sourire n'est plus d'actualité, on pense simplement à
une petite sortie de piste ou à un problème mécanique...
nous sommes loin du compte.
La rentrée au paddock se fait aux pas de charge pour découvrir
une Sandrine déjà arrivée... sur ses deux jambes
mais effondrée.
La chute fut lourde et si les tonneaux n'ont pas trop amoché
la pilote, la moto, elle, est dans un sale état.
"Jamais je n'ai ravagé une moto comme ça"
dira Sandrine entre deux sanglots.
A ce moment-là du week-end, personne ne dira plus mot sur les
chances de la pilote franc-comtoise à s'aligner sur la grille
de départ.
Seul Dominique Beauvais affichera très clairement son point
de vue : "Rien n'est jamais fini".
Solidaires jusqu'au bout de la nuit
La moto est fracassée et Sandrine est malgré tout bien
touchée.
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Une
bosse sur le front, les cervicales et les lombaires meurtries,
le bassin et les fesses... ajouté à tout cela
: un moral dans les chaussettes...
Toutes les pilotes françaises, Lydia Jean,
Fabienne Migout et Francine Jacquet-Herfort
passent lui remonter le moral, lui donner pommade et gellules
d'arnica.
Elles lui font part aussi de leur peur... puisque Sandrine ne
s'est relevée que deux tours après sa chute. Elles
tentent aussi, compléter par le récit de spectateurs,
de lui expliquer ce qui s'est passé. Pour Sandrine il
est bien sûr important de comprendre son erreur.
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Un des coachs
italiens viendra lui dire qu'elle arrivait trop fort, trop vite et
que la moto, après avoir mordu l'herbe, est partie en danseuse.
"Et puis on est con dans ces moments-là, on tient
la moto jusqu'à ce qu'elle nous éjecte."
C'est effectivement ce qui s'est produit.
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C'est
l'heure aussi du bilan mécanique : jante arrière
méconnaissable, carénages out, réservoir
cabossé, pots d'échappement complètement
tordus, mais surtout boucle arrière cassée...
c'est la seule pièce de rechange qui manque à
Dominique.
A partir de là, la solidarité se met en route.
Fabian Herfort s'occupera pendant plusieurs
heures des pots.
Fred, le copain de Fabienne sera au petit soin
pour toute l'équipe Martin et donnera aussi le moral
à Dominique en le conseillant et en l'aidant à
remettre en état la moto.
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Moto
qui part pendant quelques heures chez le concessionnaire Yamaha du
coin, mais reviendra dans le même état : budget demandé
trop lourd.
Dominique passera donc tout l'après-midi et la nuit à
trouver des solutions.

Grâce
aux side-caristes du paddock, il pourra fixer deux languettes de métal
aux endroits mêmes où la boucle s'est cassée.
A 20 h, quand Sandrine et sa garde rapprochée rentrent à
l'hôtel 4 étoiles après avoir fait un tour de
piste à pied, la boucle est rescellée... Le plus dur
semble fait.
A 3 heures du matin, Dominique part se coucher et le lendemain 8h30,
pour la première qualif, la moto est prête et la pilote
un peu moins raide.
L'émotion et le bronze
Samedi
8H30
à nouveau, Sandrine s'élance à la fois soulager
de repiloter sa moto, mais aussi stressée par ce circuit qui
l'a mis à terre. Trois tours et la pilote rentre. "Je
n'arrive pas à descendre la 3e. Laisse tomber, Dom, on rentre.
Ca ne vaut pas le coup que je me remette au tas..."
Sandrine rentre à pied.
Dom part devant et se remet tout de suite au boulot. La chute de la
veille à mis à mal la tige du sélecteur de la
boite de vitesse : tordu.
Dom et Fred, venu une nouvelle fois à la rescousse, se rendent
compte que les deux ventilateurs ne fonctionnent pas : voilés.
"Je n'ai pas envie de faire la course diminué."
" Laisse tomber" lancera une dernière fois
Sandrine à Dominique.
Une nouvelle fois, et ce sera toute la force de cette course, Dominique
ne lâchera rien et demandra à sa pilote de valider les
réparations: "et si ça tient, tu peux encore
jouer les qualifs".
La tige du sélecteur remplacée, les deux ventilateurs
ok... Sandrine se lance pour la deuxième qualif.
Ca passe, Sandrine Martin disputera sa finale et ce n'est que mérite
et justice.
Dimanche,
le brouillard et l'humidité sont au rendez-vous et le warm-up
est repoussé de deux heures.
Les pneus pluie ont été montés et seront démontés
dans la foulée puisque le temps s'est levé et que la
piste sèche à vitesse grand V.
12H45, pré-grille, les filles s'élancent
pour un tour de chauffe.


13 heures, c'est la course,
la dernière de ce tout premier championnat d'Europe.
Sandrine prend un excellent départ, le meilleur sans doute
des trois épreuves.
Elle reprend confiance tour après tour, ne lâche rien
de sa concentration ni de sa hargne.La volonté, cette fameuse
volonté d'aller au
bout pour le podium. Et c'est le point levé qu'elle franchit
la ligne d'arrivée !
Moments de soulagement, d'émotions et de bonheur intenses...
Une intensité renforcée par les difficultés du
week-end.
Sandrine termine 14e au scratch, 8e dans
sa catégorie et surtout 3e au classement général
de ce championnat d'Europe.
Que
le bronze est beau et que le podium est mérité.

Merci
Un
grand merci à tous ceux qui ont permis à Sandrine d'être
sur ce podium en Allemagne : Fabienne et Fred, Lydia et Sharon, Francine
et Fabian, aux Italiens pour les pneus, aux side-caristes pour la
boucle, et Juju pas présent en Allemagne, mais d'un soutien
permanent. Dom, bien sûr sans qui rien n'aurait été
possible.
Et puis ceux, restés en France et ailleurs : SMS Racing pour
ses conseils téléphoniques précieux, Manfred,
les sponsors :
Apoma, Moto Chocs, Dafy Moto, Imprimerie Faguier, SEI Bourgogne.
Sans oublier la presse régionale franc-comtoise.
Merci à toi Claire, c'est grâce à toi que nous
avons pu vivre ces moments européens.
Quant à toi Sandrine... La saison a été difficile,
elle se termine sur un podium européen... quel bonheur tu nous
a apporté.
Pour la suite, ne réfléchit pas trop. Les rêves
sont accessibles à ceux qui s'en donnent les moyens ce n'est
pas à toi que je vais apprendre cela. Alors, tu les trouveras
et tu les réaliseras... La vie nous réserve bien des
surprises... et ton Ange Gardien veille...
Isabelle
Forboteaux.