1980 LE DRAGSTER FAIT SON APPARITION AU MANS
24/03/06

Midland Dragster Festival au Mans: Eva Kjellin Championne de Suède catégorie Fuel en 1980 (coupure presse)En 1980 l'ACO et la FFM lance la 1ère compétition de Dragster au Mans, appelé le Midland Dragster Festival.

Plus qu'une véritable compétition, puisque la piste trop courte ne pouvait permettre aux pilotes d'utiliser la puissance maximum de leur dragster, il fut surtout l'occasion de découvrir une discipline de "sprint" reconnue depuis longtemps aux USA et utilisant des engins extraordinaires.
Ce 1er challenge sur le site du Mans, va donner le départ au
développement du Dragster en France et transmettre "le virus" à nos futurs pilotes avec les tous 1ers essais pour Dany Dieudonné, multiple Championne de France dans la catégorie Competition Bike (Top Fuel).


Mais comment cela a commencé ?
Mr François Tourres, importateur de la CB Radio Midland à l'époque
et sponsor principal, nous raconte son partenariat avec l'ACO et le développement du projet:

" Il faut replacer les événements dans leur contexte. En France, les pouvoirs publics et en particulier France Telecom (regroupé alors, avec la poste, en un seul organisme, les PTT) avaient depuis toujours le monopole des transmissions hertziennes. Seuls les radio-amateurs, avec un cahier des charges précis et très contraignant, pouvaient émettre par dérogation.

La seconde guerre mondiale avait utilisée des transmissions radio qui se révélèrent vite obsolètes quelques années plus tard. Ce matériel de transmission se retrouva sur le marché et, le gouvernement américain ayant libéré sa fréquence d'utilisation, les routiers s'en emparèrent et par effet de boule de neige, tous les véhicules roulants: C'était le départ de la CB radio.
Le marché devenant rapidement très important, des appareils modernes virent le jour, d'abord fabriqués aux USA puis, naturellement dans les pays asiatiques à des prix qui favorisèrent leur extension au niveau mondial. L'Europe ne fut pas épargné par ce déferlement et, dans les années 70/75, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, la Belgique, les Pays-bas et même la très conservatrice Angleterre reconnurent la CB. Seule la France maintenait sa position d'arrière-garde selon sa bonne habitude, les PTT se cramponnant comme des perdus à leur vieux monopole. C'était également l'époque ou les « radios libres » essayaient de se faire entendre clandestinement avec des descentes de police qui les démantelaient régulièrement.

En tant qu'importateur français de la marque américaine Midland, et ayant obtenu la distribution exclusive pour la France, j'ai dû trouver les moyens de faire connaître et de diffuser un produit totalement inconnu et qui sentait le souffre. En effet, si l'importation et la distribution étaient légales, l'utilisation en était interdite. Il fallait donc convaincre les utilisateurs d'enfreindre cet interdit.
Dans le même temps, l'Automobile Club de l'Ouest (ACO) l'une des plus anciennes sinon la plus ancienne des associations d'automobilistes et l'organisatrice des « 24 heures du Mans », mondialement connue, ayant toujours eu à coeur de défendre et d'améliorer la sécurité routière, s'intéressa à ce moyen de communication qui permettait de signaler un accident dans des délais sans commune mesure avec ce qui existait à l'époque.
Le Bureau ACO de Saint Brieuc, dirigé par Monsieur Tierce, organisa une démonstration de signalement et de sauvetage d'accidentés dans la campagne bretonne en présence non seulement des télévisions nationales mais également de la gendarmerie, laquelle démonstration eu un retentissement nationale Mais, pour la réussir, il lui fallait équiper de CB radios plusieurs voitures dont une ambulance. Il s'adressa alors à nous, les seuls qui, à l'époque, faisions de la publicité dans les revues automobiles.
Ce fut la première collaboration entre l'ACO et Midland France. Par suite, il s'établit un contact permanent entre nos deux sociétés. C'est ainsi que nous organisions conjointement la première concentration des cibistes français sur le circuit du Mans, venus avec leurs véhicules équipés de matériel interdit et défilant bravement devant le service d'ordre canalisant l'arrivée inespérée (pour les organisateurs) de plus de 10000 voitures.

Midland France utilisait le renom de l'ACO et celui-ci l'intérêt national qui se créait autour d'un moyen de communication ouvert à tous, même s'il n'était pas encore légal. La libéralisation des ondes était de plus en plus revendiquée et les télévisions en parlaient fréquemment. Il ne se passait pas de semaine sans que les journaux TV, ne présente un poste CB aux téléspectateurs (toujours un Midland, naturellement).
Au salon de l'auto, Renault Véhicules Industriels, présentait une énorme photo de l'intérieur de son dernier camion où on pouvait admirer en plein milieu une CB Midland. Ce qui occasionna la fureur de Giscard, drivé par les PTT, qui exigea son retrait immédiat.
C'est pourquoi les deux compères décidèrent, une fois encore, de créer l'événement en organisant pour la première fois en France une course de dragsters, l'ACO assurant l'organisation et offrant le circuit, Midland sponsorisant l'épreuve. Comme c'était une première, ils étaient sûrs d'avoir un maximum de retombées publicitaires.

L'affaire ne fut pas si simple à organiser
: Personne n'avait l'expérience d'une telle épreuve.
Tout d'abord, il fallut trouver les concurrents qui n'existaient pas en France"

Pour l'histoire: le dragster pris naissance aux USA dans les années 20 à l'époque de la prohibition., Les traficants d'alcool amélioraient sans cesse leur véhicule pour échapper à la police, c'était le début des 1ers "Hot Rod "! L'habitude des "runs sauvages" perdura et c'est en 1952-53 que la National Hot Rod Association (NHRA) pris en charge la réglementation et créa les 1ères vraies compétitions de dragster afin d'en améliorer la sécurité et d'en assurer l'évolution. Dans les années 60 l' Angleterre, la Hollande, les pays scandinave (la Suède en 1968) etc, adoptèrent à leur tour le dragster qui prit ainsi sa place en Europe.
Mais en 1980, la France restait encore novice ...


" On pensa faire venir des États-Unis la Championne de dragster de l'année toutes catégoriesMidland Festival Le Mans 1980, qui accepta notre invitation mais du rester spectatrice (les coût du voyage étaient trop important pour son véhicule).

On se tourna vers les concurrents européens car les courses avaient débuté en Angleterre et en Hollande. On trouva donc un plateau très honorable d'une douzaine de bolides à la silhouette maintenant familière, quelques voitures «préparées» et plusieurs motos dont une au moins, si mes souvenirs sont exacts, avec 2 moteurs à compresseur, l'un derrière l'autre.

Ces véhicules étaient tous très particuliers (et, je pense qu'ils le sont toujours). Tous les moteurs étaient suralimentés par d'énormes compresseurs, sans radiateur ni système de refroidissement ce qui obligeaient leurs conducteurs à ne les mettre en route qu'au dernier moment. Si, pour une raison quelconque, le départ était différé, il fallait les arrêter de peur qu'ils n'explosent.
C'est pourquoi, les courses se disputant deux par deux, si l'un d'eux avait du retard sur la ligne de départ, il était disqualifié.

Pour obtenir les énormes puissances nécessaires à leurs accélérations foudroyantes, le carburant Midlans Festival au Mans en 1980était tout aussi spécial. Probablement plus proche de l'éther que de l'essence de Monsieur tout le monde, il était extrêmement volatil et s'enflammait facilement avec une flamme invisible. La moindre fuite pouvait prendre feu et les hauts parleurs ne cessaient de recommander de ne pas s'approcher des engins, surtout s'ils paraissaient en difficulté.

La piste n'était pas idéale.
C'était la ligne droite des stands longue d'environ 400 m, ce qui obligeait les concurrents à n'accélérer que pendant 200 m environ pour freiner tout aussitôt alors qu'une piste réglementaire aurait dû faire le double. Il s'agissait donc plus d'une démonstration qu'une véritable compétition.
Les concurrents ont cependant joué le jeu, chacun sortant son parachute de freinage en bout de piste bien que la vitesse acquise ne les rendaient pas forcement très efficaces. Malgré tout, ces vitesses n'étaient pas négligeables puisque, si mes souvenirs sont toujours aussi bons, elles frisaient les 300 km/h. Si la piste avait eu la longueur requise, elles auraient été plus près des 400 km/h et peut-être supérieures.
300 km/h
au bout de 200 m donnent tout de même une idée de l'énorme accélération de ces machines.
Midland Festival au Mans en 1980 Midland Festival au mans en 1980
Quoiqu'il en soit, la journée s'était extrêmement bien passée et les spectateurs, dans les tribunes combles, ont été ravis et en tant que première en France, cette course spectaculaire a été largement diffusée.

L'association ACO-Midland ne s'est pas arrêtée là. Elle a crée les premières «24 h du Mans camions».
Lors des "24 h voitures" Midland a installé dans chaque stand un poste CB ce qui permettait aux journalistes d'entrer en contact avec les coureurs. Une radio FM « ACO FM » a été installée et des petits casques de réception ont été remis à tous les journalistes pour qu'ils puissent suivre les péripéties de la course où qu'ils soient.

Naturellement, avec le développement des moyens de communication actuels, tout ceci peut paraître primitif. Mais il faut préciser qu'à l'époque, avec la léthargie des PTT, opposés, comme toutes les administrations, au moindre changement, il n'y avait aucune alternative possible."

Merci à Mr François Tourres pour son témoignage qui nous replonge dans le contexte particulier d'une époque et nous rapporte la découverte d'une discipline très spécifique.



Le succès de cette 1ère compétition est confirmé par les participants avec notamment ce témoignage du multiple Champion de Suède:
" Oui, vous savez 200m c'est peut-être un peu court pour nous.
Mais les organisateurs ont eu raison pour une "Première" en France. La distance habituelle c'est 400 mètres, mais ici au Mans, de toute façon, cela n'aurait pas été possible à cause de la courbe Dunlop dans laquelle même après 200m nous arrivons encore assez vite malgré nos 2 parachutes de freinage... c'est dommage car ici le cadre est exceptionnel, c'est vraiment parfait pour le spectacle. ..
Je suis sincérement heureux d'avoir roulé ici car pour moi Le Mans c'est la Mecque de la compétition, mondialement connu.... "
Extrait de l'article de presse suivant: Interview du Champion de Suède


Aujourd'hui les Dragsters ont un championnat de France et l'intêret des femmes pour cette discipline est confirmé avec beaucoup de grandes Championnes quelques soient les catégories et la nationalité

A voir l'interview par Motomagazine de Dany Dieudonné ici


Site du circuit du Mans : www.lemans.org
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