LES 1ères COMPETITIONS FEMININES DE VITESSE

 

En 1977, la Fédération Française de Motocyclisme, sous l'initiative de Nicole Maitrot envisage d'organiser des courses Promosport 125 pour les femmes, dès l'année suivante.
Seules contraintes, elles devront être au minimum 30 inscrites.

ACTU
> 3 Questions à Nicole Maitrot (octobre 1977)


Pourquoi des Promosports ?

Les courses de promotion sont actuellement le seul moyen de tâter de la compétition avec un budget réduit et des machines de série dont le prix d'achat et les frais d'entretien restent encore à la portée de (presque) toutes les bourses.

Pourquoi des 125 ?
La plupart des filles qui courent le sont en 125. Ces machines sont plus aisées à piloter que les grosses cylindrées et ne nécessitent pas énormément de force physique. De plus, elles sont moins chères à l'achat, en neuf comme en occasion.

C'est pour quand ?
S'il y a plus de 30 inscrites, les Promosports Féminines seront organisées en 1978. C'est bientôt, vous avez juste le temps de choisir votre moto !

Le règlement sera celui des Promosport France et Promosport Montagne.
" Si le nombre de concurrentes ne dépassent pas 15 pilotes aux vérifications techniques, elles se verront adjoindre les concurrents non qualifiés en Promosport France 125cm3 avec un classement spécial féminin pour l'attribution des points, mais les prix seront alloués dans l'ordre du classement de la course. " (extrait du règlement).

Les réactions à l'époque sont variés, voici quelques extraits :


Anne-Marie SPITZ :" En tant que filles, j'ais toujours essayé, dans quelque domaine que ce soit, de m'adapter à tout et il m'a toujours semblé que la mixité était la seule solution pour faire progresser l'état d'esprit des gens.
C'est pour cela que je suis horriblement déçue que vous, une fille, ayez eu l'idée de créer un Promosport Féminin.
Je comprends assez bien que votre initiative parte d'une bonne intention, mais je crois sincèrement que le moyen est fondamentalement mauvais…En effet, on va arriver à une ségrégation(course/hommes, courses/femmes) alors que les sports mécaniques sont les rares sports qui ne demandent pas aux participantes de posséder les " vertus viriles " par excellence, soit la force principalement….

De plus, en créant ainsi un Promosport Féminin, vous créez une ségrégation qui risque plus tard d'arriver à des règlements où, nous les filles, on nous interdira de courir dans les autres disciplines sous prétexte qu'il en existera déjà au féminin….
…vos promosport seront sans doute bien accepté par beaucoup de gens, mais ils auront toujours un arrière-goût de dévalué dans l'esprit de certaines qui disent " oui, il y a des courses pour les femmes, mais parce qu'elles ne sont pas capables d'aller aussi vite que les hommes ", c'est ça qui est triste…

Réponse de Nicole Maitrot :

Personnellement, je dirais qu'Anne-Marie SPITZ a " peut-être " raison (je dis " peut-être ", car je n'ais pas du tout la même opinion qu'elle, mais je ne prétends pas posséder la science infuse).
Mais le seul moyen de faire courir un maximum de filles, c'est cette formule.

Dans quelle discipline, la catégorie féminine est-elle une sous catégorie ?
-les femmes n'ont pas les mêmes compétences que les hommes. Et si elles sont aussi fortes qu'eux dans les sports mécaniques, comment expliquer que depuis l'apparition des compétitions, aucune femme ne ce soit encore hissée à la première place ? (et pourtant leur participation est réelle depuis fort longtemps).Ma solution est peut-être vraiment mauvaise, mais que faire d'autre ?Si je dis à toutes les filles qui ont répondu : " Vous courrez avec les garçons en 78 ", combien seront au départ ?Et entre le fait de courir à coup sûr, et celui de " peut-être ", se qualifier, que choisissez-vous ?

De plus : … Tout d'abord, il n'a jamais été question de limiter les filles aux seules promo féminines.
Elles pourront, si elles le désirent, participer, lors du même meeting aux Promos " Classiques " et aux promos féminines, ces dernières se dérouleront en effet à l'intérieur des épreuves Promos Classiques.

> En novembre 1977, elles sont 30 inscrites.



La première course en 1978, compte 16 participantes, et se dispute sur 8 tours .
Longtemps en bagarre avec Patricia SANCHEZ qui du abandonner sur problème mécanique, ANNE-Marie SPITZ gagne la course avec un tour d'avance sur le reste du peloton… dans lequel nous pourrons aussi remarquer Dany DIEUDONNE , future championne de France de dragster.

Ces débuts prometteurs ne dureront pas, les Promosports Féminins seront abandonnés dès la première saison par manque de participantes.

> En 1988, création de la Coupe Motor'Eve.


Dix ans plus tard, en 1988, Véronique PARISOT organise une coupe réservée exclusivement aux femmes: la Coupe Motor'Eve .
Calquée sur le règlement des Promosports, elle se court sur des Yamaha TZR 250 de série.
Cette épreuve va marquer toute une génération de pilotes féminines.

Catherine Druelle Alexa Dubuc-Folliot Parmi celles-ci Catherine DRUELLE et Alexa DUBUC-FOLIOT, pilotes engagées en 89 sur la Coupe;
elles succèdent en 1990 à Véronique Parisot dans l'organisation des courses et fondent l'association GAF : le Guidon Au Féminin dont le but est " d'aider à la promotion de la compétition moto féminine, sans discrimination (vitesse, tout-terrain,..) , de défendre les intérêts de ces mêmes pilotes et de les représenter en cas de problèmes. La GAF se propose d'organiser des stages de pilotages, des rencontres, des courses et des donner des conseils aux débutantes.. " (communiqué de presse début 1990)
.

Les stages sur circuit sont réalisés avec l'ACO et Jean-Claude Chemarin sur le circuit du Mans.

> En 1991, le Trophée Féminin de Vitesse

 

Le GAFEn 1991, la Coupe Motor'Eve devient le Trophée Féminin de Vitesse basé sur un règlement identique, mais ouvert à toutes les marques de moto.
Les deux organisatrices affichent une volonté clairement établie d'amener le plus de filles possible à la compétition moto sur circuit :
" .. elle permet de débuter en compétition pour un minimum de frais, à toute femme qui pilote une moto, même si elle n'a jamais posé ses roues sur un circuit " (communiqué de presse 1991).

Pour cette première année, une dérogation spéciale est accordée à la catégorie 125 cm3 afin de permettre à Laenna Lacoste (15 ans), pilote en coupe Yamaha, d'y participer.
Elle sera maintenue jusqu'en 1992, puis abandonnée pour cause de trop grande différence de performance.

Le championnat comprend de 1991 à 1995, date de sa dernière saison, 7 à 8 courses, de mars à octobre sur les championnats de France Open ,Promosports et Superbikes, mais aussi en ouverture des endurances nationales (1000km de Carole) et internationales avec les 200 milles de Chimay en Belgique, les 24 heures du Mans et le Bol d'Or.

Si au départ, le Trophée Féminin de Vitesse a eu beaucoup de peine pour se faire accepter au sein du milieu de la vitesse, le sérieux de l'organisation et la rapide ascension du niveau des filles leur ont permis de se crédibiliser définitivement.
De même, la recherche des sponsors a été un exercice redoutable, dixit Catherine Druelle fin 91 :
" nous savons maintenant que pour attirer les financements à nous, il faut améliorer notre technique. Ce que nous réalisons petit à petit. Sur le circuit Carole, les garçons tournent en 1'09.Quand aux meilleurs filles, elles faisaient du 1'15 en 88 et du 1'11 en 1991. Notre niveau progresse et les sponsors arrivent enfin, même si nous attendons toujours d'avantage. "
" les championnes ont plus de mal que les hommes à trouver des sponsors "
Une aide précieuse arrive en 91 avec une subvention du Secrétariat d'Etat chargé des droits de la Femme, puis en 93 du Conseil Général et du " Fond Tabac " (subventions versées par l'état pour compenser l'interdiction de la publicité des cigarettiers dans les sports).
Cela leur permet, avec la participation plus grande des premiers sponsors et l'arrivée progressive de nouveaux partenaires, de réduire peu à peu les frais d'inscription et de verser enfin des primes aux meilleures pilotes..
..et il y en a, des filles " qui en veulent " :

ELLES EN VOULAIENT !

 

Anne Isabelle FRAYSSE
Brillante victorieuse en 91 et également pilote en Promo 250 cm3
" en marge des courses promos, le Trophée Féminin offre une vision intéressante de la " course-plaisir ". Si les grilles de départ sont encore clairsemées, la hargne dont font preuve les participantes est parfaitement à la hauteur de leurs homologues masculins ; la preuve a été donnée l'an passé par A-I Fraysse lorsqu'elle s'alignait en Promos 250. " (article de l'Hypersport 1992)

 

Céline JACQUINET
Vainqueur en catégorie 125 en 91.
Elle court parallèlement en coupe TZR
Son expérience en promosport en 1992 : " ….. il s'agit quand même d'un milieu assez macho. Les mecs sont très gentils… jusqu'à ce que j'aille plus vite qu'eux ! Après, il n'y a plus de cadeaux. En promo, je cache mes cheveux dans le casque, ainsi je risque moins l'intimidation ! " (interview du Monde de la Moto 1992)

 


Mélanie VIDAL
Victorieuse en 92
" Lorsqu'on est du sexe faible -ce sont les machos qui le disent- et qu'on veut tenter sa chance dans une discipline aussi fermée que la moto, il faut s'accrocher….aujourd'hui, la plupart des mecs sont admiratifs, mais il y en a encore beaucoup qui nous cassent… "
Son projet : un équipage 100% féminin au Bol d'Or " ..pour montrer aux garçons qui n'y croient pas que des filles peuvent se relayer pendant 24 heures au guidon. " (interview du Midi Libre, octobre 1992)
" Une fois encore, les filles ont prouvé la validité et la valeur de cette formule unique au monde qui doit à tout prix se poursuivre au fil des saisons ? Bravo les nanas ! " de Stéphane Van Gelder (France Moto 1992)

 

Evelyne ROQUES
Victorieuse en 93.
" Après quelques saisons de rallyes auto, Evelyne découvre la compétition moto par le Trophée Féminin en 1991…Elle court avant tout pour le plaisir. Elle ne fait pas partie des pilotes qui sont tentées d'aller se frotter en Promosport. Son domaine, c'est le Trophée Féminin de Vitesse. " (article Valérie Moréno 1993).
Mais le règlement ne lui autorisant pas de remettre son titre en jeu, elle projette alors de participer aux Promo 250 en 1994 et pourquoi pas en Endurance.

 

Marlène DALLEMAGNE
Victorieuse en 94 et en 95.
Longtemps en bataille avec Cathy BRAUNE.En 1994, elles seront ensembles engagées au Bol d'Or en compagnie de Benjamin Essono.
" ce qui m'a attiré dans la compétition, c'est l'ambiance durant l'entraînement et celle qui règne dans le paddock avant la course. Le contact entre les pilotes hommes ou femmes est très motivant. La vitesse, sentir l'air passer sur moi, la nervosité de mon engin, tout cela me procure des sensations que je ne trouve nulle part ailleurs. C'est un sentiment indéfinissable et complètement ennivrant. "
(interview de Cathy Braune, Moto Journal 1993).

 

Mais aussi Laurence ROSATI, Stéphanie AUGER, ManolitaJOYAUX, Catherine MARMILLON, Véronique LAVIGNE, Géraldine BARAY, Pascale MANGIN, Francine JACQUET, Agnès DUPUIS, …sans oublier nos deux talentueuses organisatrices ainsi que les nombreuses autres participantes qui font le succès du Trophée Féminin de Vitesse.
Même si elles ne sont pas sur le podium, elles représentent l'esprit du championnat : se faire plaisir.

ET ON REPART !

 

Comme on l'a vu, pour les plus rapides de ces filles, l'objectif est de se mesurer à une rivalité plus grande qu'elles trouvent en roulant avec les hommes dans les coupes de marques (coupe Kawasaki,Yamaha TZR, Honda French Cup, Aprilia Cup), en Promosports (250cm3 et 400 cm3), ou en endurance (24 heures du Mans, Bol d'Or)
Alexa Dubuc-Foliot et Catherine Druelle mettent en place une équipe entièrement féminine , représentante de l'association GAF, en endurance: pilotes, mécanique et intendance, dès 90 à l'Euro RC30 (endurance de 4 heures en ouverture du Bol d'Or), et par la suite au Bol d'Or.

L'équipe féminine du RC30 en 1990 Team féminin au Bol d'Or 1994 Catherine Druelle au Bol d'Or 1994

Dès 1992 Valérie MORENO Journaliste à France moto puis Moto Journal suis de près ce championnat féminin et y participe. Elle remplacera en 1995 Alexa Dubuc-Foliot au sein de l'organisation :
" la vocation du Trophée Féminin de Vitesse n'est pas de voir courir les mêmes filles pendant dix ans mais plutôt de servir de tremplin vers d'autres épreuves aux plus motivées de ses concurrentes. Et c'est ce qui arrive. " (article V. Moréno 1992)

La tente d'accueil, un point de ralliement.Gérard au petit soin pour Evelyne Roques la prégrille

En 1995, la saison est en demi-teinte, les concurrentes sont moins nombreuses et les couvertures médiatiques plus rares.
Catherine Druelle décide à son tour de passer la main, mais sans succés…
Le Championnat se termine.

De 1988 à 1995, ces compétitions 100% féminines auront été une première mondiale.
Elles auront permis à beaucoup de femmes de découvrir les courses de vitesse sur circuit et cela même en dehors de nos frontières, puisque une belge et une allemande y participèrent et des demandes d'engagements et de renseignements arrivaient de partout et même d'Australie.
Sans complexes et fortes de leurs expériences des femmes se sont ainsi lancées en parallèle au Trophée Féminin et dans les années qui suivirent dans des championnats Promosport, Supersport, des coupes de marques et des Endurances avec les 24h du Mans et Le Bol d'Or .

Stage de l'ACO au Mans Cathy Braun et Monique Laoudi

En course, N°26 Anne-Isabelle FRAYSSE la course.

Deg à d: C. Druelle, C. Marmillon et L. Rosatti De g à d: C. Braun, M. Dallemagne, F. Jacquet eh ba Francine ! ;o)


SO...

Dès 2003, de nouvelles initiatives apparaissent, avec la création au Canada du Trophée Féminin par 2 pilotes français : Jean-Marie PESCI et Dany TORCHY, témoins à l'époque du Trophée français et amis des organisatrices et des pilotes.
Puis en 2004, avec Le Trofeo Italiano Motocicliste d'Italie qui compte cette première année 60 participantes et la Dream Cup en France.

L'année 2005, voit la naissance de l'European Women's cup et de la Women's Cup Challenge au Canada en remplacement du Trophée Féminin.

En 2006, le Trophée italien devient un Championnat avec 31 pilotes inscrites.
La Dream cup après un échec en 2005 repart cette année avec 2x2 courses .... à suivre