CLAIRE BERTRAND: la N°1 du trial féminin Français
30/11/06

Claire BertrandDepuis l'existence des championnats féminins nationaux et internationaux, Claire Bertrand s'est imposée comme la meilleure représentante française du trial féminin.

En cette fin d'année 2006, Claire Bertrand cumule 7 titres consécutifs de Championne de France, un titre de vice Championne du Monde et d'Europe et celui de Championne du Monde du Trial des Nations en équipe avec Marlène Satgé et Marilyne Journet (2004).
Naturellement désignée par ses performances comme chef de fil de l'équipe de France féminine, Claire nous parle d'elle-même, de son évolution et et du monde du trial féminin.

Comment as-tu commencé le trial ?
J’ai commencé le trial ou tout du moins la moto à l’âge de 4 ans sur une Peewee 50. Depuis toujours je vis à Andon, magnifique site de trial où réside une école internationale de trial, l’école «Happy» dirigée par Adrien Prato. J’ai donc participé à ma première compétition au trial de l’Audibergue, j’avais 7 ans et je roulais sur une RTL 50 ! Puis j’ai suivi de nombreux stages l’été sur ce site avec des moniteurs de renommées tels que Jean Luc Nictou, Gilles Ciamin, Pascal Couturier, Mike Andrews… Et là naquit ma passion !!!

Est-ce toi qui as souhaité commencer la compétition ?
Certainement, car ma première compétition à l’Audibergue reste un très bon souvenir.
J’ai la chance d’avoir des parents qui se sont de suite investis dans le trial. Mon père m’a très rapidement faite participer au championnat de Provence car il a vu que cela me plaisait beaucoup. Il existait des catégories réservées aux jeunes, bien sûr j’étais classée avec les garçons…

Comment s’est passée ton évolution en compétition ? et au milieu des trialistes ?
Mon évolution en compétition s’est plutôt bien passée puisque j’ai remporté de nombreux titres consécutifs : Championne de Provence dans la catégorie « Educatif », dans la catégorie « Minime », dans la catégorie « Cadet »… A l’âge de 11 ans, j’ai effectué mon premier stage avec Philippe Berlatier et j’ai adhéré son team : le « Bear Partner » l’année d’après. J’ai donc suivi énormément de stages au sein du team qui m’ont beaucoup apportés et faite progresser.

Comment étais-tu perçue en tant que fille ?
Concernant les trialistes qui m’entouraient à cette époque, certains se ravissaient de voir sur les compétitions une présence féminine, d’autres, certainement plus machos, n’étaient pas très sympathiques et se demandaient ce qu’une fille venait faire dans un monde d’hommes…
Mais au fil du temps, le trial féminin a commencé à se développer avec notamment l’émergence de compétitions réservées aux femmes. Depuis on a le sentiment d’avoir beaucoup plus de reconnaissances et d’encouragements de la part de nos concurrents… ça fait plaisir !!!

Qu’apprécies-tu particulièrement dans le trial ?
Le trial est la discipline moto qui colle le mieux aux femmes. En effet, j’apprécie beaucoup ce sport car il demande énormément de qualités telles que la précision, l’équilibre, la coordination, l’agilité, la concentration qui sont des valeurs qui caractérisent le mieux les femmes… J’aime avoir le sentiment de faire corps avec la moto !

Aurais-tu souhaité essayer une autre discipline moto ?
Oui et je pense à l’enduro qui est une discipline qui m’aurait forcément plu car c’est elle qui se rapproche le plus du trial. Mais je ne te cache pas que la course sur piste m’aurait également faite vibrer…

J’ai lu dans un interview de Trial Magazine que ton frère et ta sœur sont eux-même sportifs de haut niveau...
Oui, ma sœur est en équipe de France de ski alpin, elle a 22 ans. Cette année elle participe à la coupe du monde. Sa spécialité est le géant. Mon frère est plus jeune, il a 15 ans et fait partie des meilleurs régionaux…
Etant jeune (entre 5 et 10 ans), je pratiquais également le ski en compétition. Un beau jour, mon père m’a demandée de choisir entre ces 2 disciplines. J’ai préféré m’investir dans le trial !!!
Ma sœur pratiquait également le trial mais elle a choisi le ski, car elle aime la vitesse… Quant à mon petit frère, ce dernier ne se débrouille plutôt pas mal en trial, il a participé à quelques compétitions mais il a préféré le ski. D’ailleurs, il est en ski étude à Valdeblore.

As-tu un entraînement spécifique quotidien ? moto ou physique ?
Quand j’étais plus jeune, j’ai toujours suivi des stages pendant les vacances au sein du team de Berlatier ou organisés par mon club. C’était programmé, donc régulier et les progrès se faisaient ressentir… Puis j’ai commencé à grandir et comme toute adolescente à sortir, à faire la fête et l’entraînement se faisait moindre… Par moment, j’arrivais sur les compétitions sans avoir touché la moto de plusieurs mois et je roulais sur mes acquis…
Mais voilà 4 ans, j’ai eu la chance de rencontrer mon fiancé, Benjamin, qui depuis s’occupe de ma préparation physique… et mentale aussi car j’en ai bien besoin !!!
Du coup, vélo de route, course à pied, renforcement musculaire animent mon entraînement physique. J’essaie de me l’imposer le plus souvent possible. D’ailleurs je souhaite le remercier car sans lui je n’aurais peut être pas le niveau que j’ai aujourd’hui. Il m’a beaucoup apporté que ce soit physiquement ou mentalement.
Concernant mon entraînement moto, j’essaie de rouler 2 fois par semaine avec le nouvel éducateur de l’école « Happy » qui a un niveau plus élevé que le mien et donc qui me fera forcément progresser.

Benjamin a-t-il une formation d'entraineur sportif ? Est-il lui-même pilote de trial ?
Benjamin n'a pas de qualification particulière si ce n'est une licence spécialité "entraînement" que l'on a passé en fac de sport à Nice. On a eu plusieurs cours sur la préparation physique et sachant qu'il n'y a pas de préparateur physique à la fédé, il s'est investi et me proposant des petites séances...Il est passionné de sport, il est d'ailleurs en pleine préparation du CAPEPS (prof d'EPS)...
Il n'avait jamais touché une moto de trial avant notre rencontre et depuis que je l'ai initié, il adore venir rouler avec moi. D'ailleurs il est mon suiveur sur les championnats de France féminin...

C’est toujours étonnant de réaliser que vous avez déjà derrière vous de très nombreuses années de compétitions, … Vous êtes quelques pilotes féminines à avoir ce « bagage international » depuis les débuts des championnats du Monde et d’Europe, avec Iris Krämer, Laïa Sanz, Maria Conway… ce qui fait de vous d’excellents témoins de la progression des filles. Depuis les tous débuts quelle évolution vois-tu dans le trial féminin ? et au niveau de tes adversaires ?
Ces dernières années, que ce soit au plan national ou international, le niveau des filles en trial a incontestablement évolué. Cela est certainement dû à la place que les femmes occupent désormais dans cette discipline. En effet, l’apparition de compétitions réservées aux féminines s’est multipliée en France ainsi qu’à l’étranger. Aussi, de véritables championnats du monde et d’Europe féminins ont été organisés et ne cessent de prendre de l’ampleur. Cette reconnaissance internationale implique alors les femmes à s’investir dans ce sport. D’où la création en France de l’équipe de France féminine et de l’organisation de stages de trial féminins un peu partout en Europe.
Au niveau de mes adversaires, la référence est inévitablement Laïa Sanz qui a atteint un niveau exceptionnel. En 1998, j’ai participé à ma première compétition féminine internationale en Italie où j’ai terminé 2ème derrière Iris Kramer et devant Laïa qui n’avait que 12 ans… Deux ou trois ans plus tard, Laïa devenait intouchable en remportant tous les titres mondiaux et européens. Cependant, elle est la seule au monde à être pilote professionnelle !

Championnat d'Europe 2006: 1- Laia Sanz, 2- Iris Krämer, 3- Claire Bertrand

Quelles sont les qualités que tu apprécies chez tes adversaires directes comme Iris, Laïa ou l’anglaise Becky qui a explosé cette année ? Quels sont les rapports entre vous ?
Sur les compétitions internationales règne une très bonne ambiance entres toutes les concurrentes. J’apprécie particulièrement Laïa qui ne se prend pas la tête et qui vient à la fin de chaque course me demander comment s’est passée ma journée. Iris se fait souvent un peu plus remarquer car elle parle et crie beaucoup mais vient me féliciter la plupart du temps. En ce qui concerne les anglaises qui, cette année, ont notamment été performantes, j’entretiens d’excellentes relations avec Donna Fox mais j’ai plus de mal avec Becky qui est plus distante.

Tu as également vu le trial sans compétitions féminines (avant 2000) et avec, quel est le bénéfice de ces compétitions ou au contraire les problèmes créés selon toi aujourd’hui ?
Le bénéfice de ces compétitions féminines est que je suis enfin classée dans une catégorie féminine et non plus mélangée aux garçons. La contrainte se trouve au niveau national où le niveau du championnat de France féminin est relativement bas, cela afin de rendre la discipline accessible. Le tracé « facile » des zones de ce championnat ne m’apporte rien si ce n’est de la pression car je n’ai en quelques sortes pas le droit à l’erreur. Un échec peut me faire perdre la première place !!!

Comment gères-tu ta place de chef de fil de l’équipe de France ?
Pas trop mal mais je t’avoue que parfois j’ai du mal à accepter le fait que tout repose sur moi (notamment au trial des nations). Mais bon no comment !!!

Quelle orientation souhaites-tu donner aujourd’hui à ta carrière ?
Tant que la passion persiste, je souhaite poursuivre les championnats internationaux et nationaux… D’ailleurs mon objectif est d’atteindre les 10 titres nationaux consécutifs !!! Encore 3 !
Mais pourquoi ne pas tenter une reconversion en tant qu’entraîneuse de l’équipe féminine ??? Quoiqu’il en soit, j’ai obtenu cette année le Brevet d’Etat et je sais que je pourrais enseigner ma passion…Je ne sais pas si la fédé y a déjà songé mais pouvoir entraîner un jour l'équipe de France féminine me fait rêver...

l'équipe de France au trial des nations 2006: Blandine Guillaud, Sandrine Juffet, Claire Bertrand et Marilyne Journet

Ton vœu le plus cher en tant que compétitrice ?
Remporter une manche du championnat du monde féminin !!! Je ne suis pas passée loin de cet exploit cette année en Belgique. J’en ai encore les glandes rien que d’y penser !!!

Justement, qu'elles sont tes points à travailler selon toi pour te donner la possiblité d'avoir le meilleur sur Laia Sanz ?
Il est vrai que sur des compétitions très faciles comme en Belgique où le niveau était faible (il n'y avait qu'1 ou 2 zones sélectives !!), Laïa est accessible car la moindre erreur de sa part peut lui coûter cher... C'est un peu ce qu'il m'arrive en championnat de France féminin... Mais Laïa est très forte mentalement et a de l'expérience, ce sera difficile de l'emporter un jour mais bon ne perdons pas espoir !!!
Concernant Iris, je me suis rapprochée d'elle cette saison notamment en Espagne lors de la finale du championnat d'Europe où j'étais 2ème derrière Laïa à l'issue du 1er tour... Aussi, lors de la manche d'ouverture à Plan de la tour, je n'étais pas loin de l'emporter sur elle !!!

Les points à travailler pour me donner la possibilité d'avoir le meilleur sur Laïa seraient tout simplement qu'on me donne les moyens de pouvoir s'entraîner comme elle, dans les mêmes conditions, en étant entourée d'un Staff tout au long de l'année (suiveur, préparateur physique, nutritionniste, famille, petit ami...). Mais le problème, c'est qu'il ya un décalage entre la France et l'Espagne !

Au niveau du Championnat de France, Sandrine Juffet connait une très belle progression et il est certain que son prochain objectif sera le titre national, comment ressens-tu cette nouvelle pression ?
Il est vrai que l'objectif de Sandrine cette année sera de me détrôner. Mais elle a moins d'expérience que moi et comme je te l'ai dit, je ne laisserai pas ma place tant que je n'aurai pas mes 10 titres consécutifs...o). Mais il va y avoir beaucoup de pression qu'il va falloir gérer correctement. Et j'espère que Marilyne Journet va vouloir prendre sa revanche pour qu'on assiste à un championnat plein de suspense et de rebondissement !!!

Championne de France 2006: 1- Claire Bertrand, 2- Sandrine Juffet, 3- Marilyne Journet

Quels sont les atouts de Sandrine selon toi ?
Je trouve qu'elle a énormément de chance d'avoir un frère qui roule bien, c'est un gros avantage de pouvoir s'entraîner avec quelqu'un d'un niveau supérieur !!! D'où son ascension... De plus ils sont très complices tous les 2, Christophe suit Sandrine sur les championnats féminins et inversement, Sandrine le suit sur les championnats de France... Ils se connaissent parfaitement et c'est important dans la progression !!

Ce travail entre le pilote et le suiveur est vraiment très particulier au championnat de trial, on imagine que c'est un soutien extrèmement important pour le pilote. Que représente-t-il pour toi ?
Je n'ai pas la chance comme Sandrine d'avoir toujours eu le même suiveur. C'est très perturbant d'en changer. Il est très important qu'un suiveur connaisse parfaitement son pilote ( techniquement, moralement ) afin que la course puisse se dérouler dans des conditions optimales...
J'attends de mon suiveur de la confiance d'un point de vue technique, stratégique, mentale, de l'assurance et de la motivation.

Championne du Monde par équipe au trial des Nations en 2004, de gàd: Claire Bertrand, Marlène Satge, Marilyne JournetQuel est l’impact d’une championne de trial de ton niveau auprès des médias ?
Le trial n’est pas un sport médiatisé, il est donc difficile d’avoir une reconnaissance extérieure à la discipline. Ma saison que je qualifie d’exceptionnelle en 2004 avec notamment un 5ème titre national, une place de vice Championne d’Europe et de vice Championne du Monde ainsi que le titre de Championne du Monde par équipe ne m’a apportée que très peu de retombées médiatiques…
Les apparitions que je fais dans les médias se limitent à la presse locale quotidienne deux ou trois fois par an, aux magazines de moto tels que Trial Magazine ou Moto Crampons et parfois sur des sites internet de trial…

Le trial comme l’enduro va être amené à évoluer suite aux pressions écologiques . On voit également éclore de nouvelles compétitions. Comment vois-tu les développements futurs du trial ?
Il est vrai que d’une façon ou d’une autre le trial va forcément connaître une évolution suite aux pressions écologiques. Peut-être que dans 10 ans on se verra limiter à rouler sur des terrains privés ou en salle !!! Qui sait ???
Actuellement, de nouvelles variantes émergent avec notamment l’Open free qui est une invention plutôt sympa. J’ai pu tester cette nouveauté le weekend dernier chez moi à l’Audibergue. J’ai d’ailleurs passé une excellente journée car je me suis tout simplement régalée. Le règlement t’autorise en effet à réaliser ta zone comme tu en as envie, le but étant d’être stratégique !!! On pratique alors le trial sans contraintes, d’une façon plus « fun » et c’est cela qui plait.

Quels conseils donnerais-tu à une fille qui souhaite commencer le trial ?
Se faire plaisir avant tout !!! Pour apprécier les sensations de liberté et d’évasion que procure ce sport, il est intéressant de privilégier les balades… Une fois la moto bien en mains, commencer progressivement l’apprentissage de la technique (virages, montées, descentes)… Dès que le bien être se fait ressentir, on ne peut plus s’en passer !!!

Claire Bertrand Claire Bertrand au Trial des Nations 2006

Merci beaucoup Claire !

 

Palmarès:

2006:
5ème du Trial des Nations
4ème Championnat du Monde
3ème Championnat d'Europe
Championne de France, 7ème titre consécutif.

2005 :
5ème du Trial des Nations
4ème Championnat du Monde
5ème Championnat d'Europe
Championne de France

2004 :
Championne du Monde par Equipe au Trial des Nations
Vice-Championne du Monde
Vice-Championne d'Europe
Championne de France

2001/2002/2003 :
3ème au Championnat du Monde
3ème au Championnat d'Europe
Championne de France

2000 :
Vice-Championne du Monde par Equipe
Championne de France.